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dimanche 6 novembre 2011

Le syndrome de stress post-traumatique (1ère partie)

Introduction


En 21 ans d’activité thérapeutique, j’ai à plusieurs reprises aidé des personnes victimes de ce que l’on nomme le syndrome de stress post-traumatique. Leur pathologie avait des causes diverses :
·         Viol avec ou sans plainte ultérieure.
·         Accident de la route avec décès de personnes impliquées.
·         Adultes souffrant des conséquences de violences parentales invalidantes socialement.
·         Soldats revenu de leur mission traumatisés.
·         Victimes de guerre ayant dû fuir en urgence leur pays sans possibilité de revenir à moyen terme.
Ce qui m’a le plus interpelé dans ces cas, c’est indéniablement le fait que ces personnes avaient une vie antérieure au trauma totalement différente de celle qui le suivait. Ces personnes malgré des origines et des histoires de vie complétement différentes les unes des autres, souffraient toutes d’une incapacité totale à reprendre leur vie en main après le drame. Malgré les années passées à patiemment apprendre une profession, à constituer des liens sociaux forts, elles se retrouvaient dans la plus totale impuissance après un trauma qui souvent n’avait duré que quelques minutes.
Elles ne pouvaient retrouver des émotions normales, ne pouvaient pas passer un jour sans se souvenirs du drame vécu. Longtemps après le trauma, elles finissaient par consulter pour lutter contre ce mouvement de repli sur elle-même dont elles souffraient. Le grand malheur de ces personnes était qu’en plus du fait qu’elles évitaient d’évoquer le drame (trop honteux pour le faire), celui-ci devenait un tabou pour leur environnement social voir la société tout entière qui maintenait le silence sur le sujet.
Les objectifs de cet article sont non seulement d’apporter un descriptif aussi complet que possible de cette pathologie afin d’apporter toute l’aide possible aux victimes mais aussi d’informer les proches au sens large afin qu’ils osent apporter leur aide si précieuse dans ces cas-là.
Le syndrome de stress post-traumatique est un traumatisme lourd de l’ensemble de la structure psycho affectif de l’être qu’il le subit. Cependant il existe des moyens efficaces de traiter les symptômes ou tout du moins de les réduire au maximum. Le thérapeute, les proches et la société ont tous un rôle important dans le traitement : celui de soutenir la victime en lui donnant l’opportunité d’évoquer l’enfer subit et de la soutenir durant le processus de guérison. Dans le cas du syndrome de stress post-traumatique, il ne s’agit pas d’aider la victime mais de nous aider nous-mêmes. Car les causes qui permettent le viol, la violence familiale, sociale et la guerre ne sont pas (ou plus) défendables dans une société de droit comme la nôtre à notre époque. Trop souvent les victimes souffrant du syndrome de stress post-traumatique se cachent, trop honteuses pour demander de l’aide dont elles ont besoin mais surtout auxquelles elles ont droit. Cette situation peut changer si nous y participons tous à la hauteur de nos possibilités et de nos moyens personnels.



Généralités


Le syndrome de stress post-traumatique désigne un type de trouble anxieux majeure qui survient à la suite d’un choc émotionnel vécu de manière profondément traumatisante. Le syndrome de stress post-traumatique ou SSPT est aussi connu sous le terme de trouble de stress post-traumatique.
Le syndrome de stress post-traumatique est la réaction psychologique de l’individu à une situation traumatisante durant laquelle son intégrité physique, émotionnelle ou psychologique ou celle de son entourage, a été gravement menacé. Il est la conséquence par exemple d’un accident grave, d’une mort violente ou prématurée, d’un viol, d’une maladie grave, de la guerre, d’un attentat.
Suite au stimulus du choc la réaction immédiate est la peur intense, le sentiment d’impuissance ou le sentiment d’horreur. Le syndrome de stress post-traumatique peut apparaitre immédiatement suite à la réaction aigue mais peut également se manifester beaucoup plus tard c’est-à-dire des semaines, des mois voire des années plus tard. Toute expérience traumatisante est susceptible à elle seule de générer un SSPT sans que les personnes aient nécessairement un terrain psychologique ou psychiatrique fragile (antécédents de dépressions, angoisses, etc.) antérieurement au choc.


Historique


C’est à la fin du 19ème siècle qu’apparaissent les premières études sur le sujet traitant par exemple des accidents sur les grands chantiers de construction. On emploie alors  le terme de « névrose traumatique » (traumatic neurosis). Les deux guerres mondiales génèrent tellement de cas, que la psychiatrie militaire développe la compréhension que nous avons du SSPT. Dans les années 60-70 les actions des mouvements pacifistes et féministes ont permis d’élargir la signification du terme aux violences familiales et sociales après les traumatismes de guerre et du travail.
Les médecins constatent chez les patients des troubles précis quel que soit l’origine du choc :
·         L'apparition fréquente de symptômes cardiovasculaires chez les personnes traumatisées à la suite d'accidents de travail puis chez des soldats sur la ligne de feu
·         névrose hystérique
·         les problèmes de suggestibilité et les crises mémorables de dissociation résultant des expériences insoutenables subies par ses patients.
Dans les années septante, des séquelles psychologiques graves présentées par les anciens combattants des États-Unis revenus massivement du Viêtnam ont entrainé un regain d'intérêt pour le SSPT
On constata à cette époque que les symptômes ressentis par les soldats étaient similaires à ceux de femmes victimes de viol et les enfants battus. Les cauchemars et les surgissements inopinés d’images traumatiques étaient vécus par tous.
Dans de nombreuses guerres modernes, du Vietnam, jusqu’à l’Afghanistan, l’armée américaine constate davantage de victimes par suicide d'anciens combattants, que de combattants tués au combat en raison de cet état de stress post-traumatique.

Dans nos sociétés modernes, les institutions sociales ont mis en place des services d’aide médicale et psychologique aux « victimes directes », ainsi qu’aux amis et proches parents de ces victimes directes et aux témoins.



Les symptômes


Le syndrome de stress post-traumatique se déroule en deux temps :
·         Le trauma, toujours inattendu et horrible, génère une grande frayeur chez la victime se retrouvant en situation d’impuissance totale
·         Après le trauma et ce à long terme, l’individu revit cette souffrance passée d’une manière répétitive et incontrôlée.

D’une manière schématique et simplifiée, on peut dire que le patient vit dans le désespoir et le replie total sur lui en vivant trois grands types de sentiments pathologiques persistants :
·         L’intrusion du trauma passé dans la vie présente : la victime du trauma le revit répétitivement sans pouvoir empêcher ses souvenirs de hanter ses jours et ses nuits. Il faut bien comprendre que l’individu revit complètement et exactement l’horreur du trauma d’un point de vue nerveux. Les angoisses et les peurs éprouvées réaccompagne le souvenir. Les cauchemars sont une autre manifestation de ce type de symptôme.
·         L’évitement : la personne tente d’éviter toutes les situations et les facteurs qui ont le potentiel de ramener à la surface le souvenir du trauma. Celle-ci aura tendance à éviter d’en parler pour éviter d’y être confronté directement ce qui peut générer une amnésie partielle ou totale de l'événement. Cette stratégie d’évitement conduit la personne à l’insensibilité émotive afin de ne plus souffrir du souvenir du trauma. Elle perd tout l’intérêt pour les activités qui auparavant la passionnait et se replie s’éloignant même de ses proches.
·         L’hyperstimulation : l’individu souffrant d’SSPT est constamment dans un état d’hypervigilence pathologique. Cet état anormal a pour conséquence la baisse de la capacité de concentration, de l’insomnie, de la nervosité, une tendance à s'effrayer facilement, une impression constante de danger ou de désastre imminent, une grande irritabilité ou même un comportement violent

Ces trois troubles s’accompagnent parfois de dépression, de tendance suicidaire, de comportements addictifs (alcoolisme, toxicomanie) et peuvent entraîner une grande invalidation sociale (perte d'emploi, conflits familiaux). Sans aide ni prise en charge, l'état anxieux peut persister et dégénérer.



L’évitement et le retrait


L’évitement de tout ce qui rappelle de trauma est la principale conséquence d’un traumatisme psycho-affectif majeur. Ce qui est un moyen de protection naturel pour la victime devient le moteur de son retrait progressif de la vie sociale. Tout ce qui ramène au souvenir du trauma comme comme les activités, les conversations, les personnes, les endroits sont évités mais également ce qui est susceptible de générer une reproduction du drame
On peut distinguer plusieurs types d’évitement :
·         L’évitement affectif : l’individu prend après le drame l’apparence d’une personne indifférente émotionnellement ce qui lui permet d’éviter de ressentir des émotions reliées au drame. La personne évite les fortes émotions au niveau familial, professionnel et social.
·         L’évitement comportemental : la victime du trauma évite toute situation, tout comportement, toute personne, tout contexte ou endroits associé au drame. Cet évitement peut être intentionnel ou inconscient.
·         L’évitement physiologique : la personne opère en elle une action qui s’apparente à une désensibilisation générale face au plaisir et à la douleur. Le drame s’étant déroulé dans un contexte de douleur extrême la personne tente de maintenir son niveau d’émotion au plus bas. Dans le cas où le niveau d’émotion s’élève dans l’environnement présent de la victime, celle –ci peut éprouver le sentiment d’imminence de la reproduction du drame.
·         La peur d’avoir peur : la personne évite toute situation susceptible de générer des émotions ou des souvenirs. Elle reste totalement inhibée et semble immobile, dans l’impossibilité d’avancer dans la vie. Elle refuse de prendre des risques normaux inhérents à la vie en société. Ce refus de se souvenir de qu’elle veut oublier peut générer une agressivité excessive envers son environnement et son retrait des groupes sociaux auxquels elle appartenait.


Comprendre le trauma


Les chocs susceptibles de provoquer un SSPT sont divers et variés. Par contre les effets sont similaires.
Il faut, pour appréhender la nature de ce type de trauma, comprendre que ce dernier déstructure complétement la représentation du monde de la victime. C’est-à-dire que le trauma est une manifestation d’un archétype qui n’appartient pas la représentation du monde que s’est construite la victime au cours de toute sa vie. Tout ce qui était vrai jusqu’au drame s’écroule. Car le trauma prouve à la victime par son existence même que ce qu’elle déterminait comme faux, impossible et étranger à sa vie est finalement possible. Soudain l’horreur, le crime pénètre le périmètre vital de la personne. Bien que déjà très grave d’un point de vue physiologique, le trauma en changeant le vrai en faux et le faux en vrai transforme le psycho-affectif. Celui-ci pour parler très simplement s’éteint littéralement.
D’une manière imagée, le trauma créé une explosion dans la pensée de la victime qui n’a pu réagir tellement la nature de l’événement traumatique vécu lui était étrangère au moment durant lequel il se déroula.
Face à un stimulus qui lui inspire le danger, l’être humain a trois choix :
1.      Attaquer
2.      Fuir
3.      Ou rester inhiber et immobile sans possibilité de mouvement.

L’être humain quel que soit son sexe, son âge, sa culture, son histoire et sa spécificité n’a que ses trois choix face au danger.
Les deux premières solutions, attaquer ou fuir, nous parlent de situations graves certes, mais dont la personne est ressorti indemne. Par contre la troisième est celle qui a le potentiel de déclencher un SSPT. Dans cette situation l’être humain est aussi incapable d’agir que le lièvre devant les phares d’une voiture. La conséquence de cette immobilité est énorme puisque c’est cette impuissance qui est la principale source d’auto-dévalorisation pour la victime.




                                                                                     Jean-Christian Balmat

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