mardi 23 octobre 2012

Choisir entre les deux chemins de la peur ou celui du plaisir (2ème partie)


Peur, anxiété angoisse ou le système de punition


D'un point de vue psychologique, la peur, l'anxiété et l'angoisse désignent trois réalités distinctes. Elles sont toutefois apparentées et peuvent aussi être considérées comme trois degrés d'un même état : la mise en jeu du système nerveux sympathique qui pousse à l'action quand celle-ci est possible.
Mais la peur est aussi et surtout l’expression du système de punition qui, chez l’Homme et le mammifère, le protège de tout ce qui est un danger ou perçu comme tel.



La peur

La peur est une émotion forte et intense éprouvée en présence ou d'une menace réelle et immédiate d’origine extérieure. Pour être plus précis la peur est le sentiment que notre système d’alarme détecte lors de l’exposition à des dangers divers et produit des réponses qui augmentent nos chances de survie face à cette situation dangereuse. Autrement dit, elle met en branle une séquence comportementale défensive (un programme défensif).
Cette réaction défensive qu’est la peur peut surgir à la pensée d'un danger potentiel.
A noter qu’une peur transgénérationnelle transmise mais restée dans l’ombre peut se manifester par une anxiété lorsque la personne y est exposée.



L’anxiété


L'anxiété est une émotion vague et déplaisante qui traduit de l'appréhension, de la détresse, une crainte diffuse et sans objet.
L'anxiété peut être produite par diverses situations :
1.      une surabondance d'information qu'on ne parvient pas à traiter
2.      la difficulté d'admettre certaines choses (comme la mort d'un proche)
3.      le manque d'information qui fait nous sentir impuissant
4.      un manque d’estime de la personne qui débouche sur une anxiété lorsqu’elle passe à l’acte.
5.      Une crainte d’une situation imaginée mais redoutée (processus issu du néocortex)



L’inhibition de l’action


L’inhibition de l’action (ou syndrome d’inhibition de l’action, SIA) est la conséquence d’une anxiété chronique générée par un processus du néocortex.
Les conséquences pathologiques de l’inhibition de l’action sont nombreuses et ont été abondamment décrites dans les articles précédents consacrés à ce sujet : dépression, maladies psychosomatiques, ulcères d’estomac, hypertension artérielle sont les plus évidentes. Mais des dérèglements génétiques plus graves comme les cancers et l’ensemble des pathologies associées à une diminution de l’efficacité du système immunitaire sont aussi susceptible de découler de l’activation prolongée du SIA.



L’angoisse


L’angoisse est un malaise psychique plus ou moins intense (sa manifestation la plus intense étant la crise de panique[1]) due au fait que la personne ne se sent pas apte, à la hauteur, au bénéfice des capacités de répondre à un stimulus externe.
La plupart du temps, l’individu est alors envahit par la crise d’angoisse qu’il a du mal à contrôler. Il lui est difficile de déterminer l'origine de son angoisse. Il ressent alors les palpitations, les sueurs et les tremblements l'envahir. Il a du mal à se concentrer et à assumer plus d’une tâche à la fois. Ses muscles se crispent, il respire avec peine et digère mal.



Le syndrome de stress post-traumatique

Le syndrome de stress post-traumatique ou SSPT est un état post-traumatique dans lequel la personne voit globalement sont état se péjorer tant psycho-affectivement que physiologiquement de manière chronique. Ceci est vrai dans des conditions de vie normal cependant la manifestation du SSPT est à son paroxysme dans le cas où la personne est confrontée dans le présent au contexte traumatique ou même un élément du contexte.
Exemple : une personne se promène sur une route de campagne sur la rive gauche d’une rivière. Elle voit au loin une ferme sur la gauche de la route. En s’approchant de la ferme elle aperçoit qu’un chien dort sur sa niche, laquelle se trouve devant la ferme à env. 4 mètres de la route. A ce moment dans le ciel des corbeaux passent en croassant. Arrivant à la hauteur de la ferme, le chien se réveille en aboyant et en courant tous crocs dehors vers la personne, qui effrayée, ne bouge pas du tout, mortifiée par la peur. Mais soudain le chien est arrêté net par la chaine à laquelle il était attaché (sans que la personne l’ait vu auparavant). Le chien mord dans le vide sans pouvoir atteindre la personne qui reste ainsi à 1 mètre de l’animal qui claque des mâchoires fou de rage. Suite à cet événement, la personne se retrouve complétement traumatisée par cet événement de par sa passivité et son incapacité à prévoir et surtout réagir à cet événement. Chaque nuit devient une hantise, car la personne fait toujours le même cauchemar : le chien casse sa chaine et le mord rageusement jusqu’à la mort la traitant comme une vulgaire proie. Chaque jour est une suite d’angoisses, la personne limitant de plus en plus sa vie sociale jusqu’à la limiter ses sorties de l’appartement à son travail et le strict nécessaire pour assurer ses besoins de base.
Cette personne sans aucune aide est susceptible de rester traumatisée toute sa vie de par les refoulements et d’avoir des crises de panique à chaque fois qu’elle se voit exposée au contexte complet ou une partie de celui-ci.
Les chocs pouvant générer un SSPT ont en point commun qu’ils provoquent l’incapacité totale de la personne d’agir efficacement pour se protéger. Cette incapacité à protéger son intégrité physique et surtout psycho-affective détruit la perception que la personne a d’elle-même. Se sentant soudain exposé à une vulnérabilité symbolisant la mort, la personne vit dans un état de torpeur.
La conséquence directe est que la personne est perturbée car elle n’est plus capable d’adapter sa réaction de peur au « bon » contexte et aux « bons » éléments prédictifs. Elle prend peur dans des situations qui ne présentent aucune menace. Les peurs deviennent alors de plus en plus envahissantes jusqu’à empêcher une vie normale.
Dans notre exemple il est normal que la personne éprouve un sentiment de peur en face de chiens. Par contre elle ne devrait pas avoir peur lorsqu’elle entend des croassements de corbeaux. Si c’est le cas nous sommes clairement en présence d’un SSPT.
Le SSPT résulte probablement d’une surproduction de glucocorticoïdes[2] chez certains sujets au moment de l’événement traumatique.
Les glucocorticoïdes induisent des difficultés de mémorisation qui sont accompagnées par une réorganisation de l’activité du cerveau, et en particulier du circuit hippocampe-amygdale, un des circuits essentiels à l’encodage des souvenirs associés à la peur comme nous l’avons vu.
Alors que dans des conditions normales une personne associe une menace à un contexte, on observe une forte activité dans l’hippocampe, la structure du cerveau nécessaire pour tous les apprentissages qui associent un contexte spécifique, un espace, à un événement. En revanche l’activité de l’amygdale est faible. L’amygdale est une zone du cerveau aussi impliquée dans la mémoire émotionnelle, mais elle mémorise les indices spécifiques, comme des sons, qui prédisent la menace.
Par contre quand les sujets sont soumis à une augmentation des glucocorticoïdes et que des déficits de mémoire qui caractérisent le SSPT sont observés, l’activité dans l’hippocampe baisse, celle relevée dans l’amygdale augmente. En état de stress post traumatique, les chercheurs notent donc une inversion de l’activité normale du cerveau. L’activité anormale dans l’amygdale peut expliquer le fait que le sujet commence à sur-répondre à des prétendus indices, présents au moment de l’événement traumatisant mais qui ne sont pas, en eux-mêmes, prédictifs d’un quelconque danger. L’activité faible dans l’hippocampe peut expliquer que le sujet ne reconnaît plus le bon contexte : il est donc incapable de d’avoir une réaction de peur uniquement face à une situation appropriée.
Le SSPT n’est pas seulement un souvenir excessif de la situation traumatisante mais surtout un déficit de mémoire qui empêche la personne atteinte de restreindre sa réaction de peur au contexte qui prédit la menace. Dans le SSPT les forts souvenirs de l’événement traumatisant sont associés à une amnésie du contexte environnemental lié à l’événement traumatique. Certains éléments du contexte, présents lors de l’événement traumatisant, sont considérés, à tort comme prédictifs de l’événement. En conclusion, le SSPT semble être causé par une réponse biologique au stress anormal chez certains individus : une production excessive de glucocorticoïdes simultanée à une exposition à un stress intense provoque, chez ces individus, une inversion de l’activité



Hyperactivité ou trouble du déficit d’attention


Le trouble du déficit de l'attention (TDA en anglais : Attention-deficit disorder, ADD) est un trouble neurologique caractérisé par des problèmes de concentration.
Il est question de trouble du déficit de l'attention avec hyperactivité (TDAH ou TDA/H en anglais : Attention-deficit hyperactivity disorder, ADHD) lorsqu'il s'accompagne d'hyperactivité/impulsivité.
Cet état psychique se manifesterait, sur le plan neurologique, par un déficit de dopamine, un neurotransmetteur.
Le TDA/H a un aspect héréditaire, impliquant notamment le rôle des transporteurs de dopamine.
L'inattention, l'hyperactivité et l'impulsivité sont les comportements clé du TDAH. Le TDA/H est souvent associé à d’autres troubles et s’il est non traité, il peut amener de nombreuses complications psychologiques.


Jean-Christian Balmat



[1] Crise de panique :
·         Symptômes psychiques (sensation de malaise, sentiment d’insécurité, de dépersonnalisation, de déréalisation, des troubles sensoriels)
·         Symptômes physiques (tachycardie, palpitations, douleur thoracique, dyspnée, oppression thoracique, nausées, bouffées de chaleur, sueurs, frissons, tremblements, paresthésies, céphalées, douleurs abdominales, diarrhées, vomissements)
·         Symptômes comportementaux (agitation, fuite, sidération stuporeuse, actes auto- ou hétéro agressifs)
[2] Les glucocorticoïdes naturels sont la cortisone et l'hydrocortisone (ou cortisol)
Effets du cortisol et de la cortisone

Le rôle du cortisol, sécrété par le cortex surrénal (les glandes surrénales se trouvent sur le pôle supérieur des reins) à partir du cholestérol et sous la dépendance de l'ACTH hypophysaire, est capital sur plusieurs métabolismes.
Les interactions avec d'autres hormones sont nombreuses et complexes.
Actions du cortisol sur :
•              Le métabolisme des sucres : augmentation de la production des sucres par le foie, favorise hyperglycémie et hyperinsulinisme (diabète).
•              Le métabolisme des protéines: augmentation de la destruction protidique (muscles, peau, os)
•              Le métabolisme des graisses : inhibent la lipogenése, élève le cholestérol et les triglycérides
•              Le métabolisme de l'eau, du calcium et du sodium : augmente l'élimination de l'eau par le rein, la rétention de sel et la perte de potassium et de calcium dans les urines.
•              Le métabolisme osseux et la croissance : inhibition de la croissance par action sur le cartilage, antagonisme avec la vitamine D et inhibition probable de l'hormone de croissance.
•              L'arrêt de la croissance chez l'enfant peut survenir pour des doses peu élevées.
•              Action sur la coagulation en favorisant les thromboses.
•              Action euphorisante, stimulante sur le système nerveux central.
•              Action hypertensive par différents biais
•              Action immunologique anti-inflammatoire et antiallergique : par inhibition de la synthèse et de la libération de nombreuses cytokines impliquées dans le processus complexe de la réaction inflammatoire et allergique, et en particulier dans la vasodilatation ou la contraction des muscles lisses non vasculaires. Ils inhibent également le recrutement des leucocytes et la migration des macrophages. ils agissent sur toutes les phases de l'inflammation, ainsi que sur les processus de cicatrisation.
•              Leur sécrétion, comme celle de nombreuses hormones, est variable dans la journée avec un plus bas nocturne, ce qui explique la recrudescence de tous les processus inflammatoires la nuit (asthme, laryngite, abcès, douleurs articulaires, etc..).
•              Leur action immunosuppressive résulte également de l'inhibition de la synthèse et de la libération de nombreuses lymphokines, avec inhibition de l'activation et de l'expansion clonale des lymphocytes T.
•              En excès le cortisol favorise donc les infections.
•              Action sur l'acidité gastrique pouvant entraîner ou aggraver un ulcère.
•              On peut donc constater que c'est une hormone d'adaptation au stress dont l'excès va augmenter les facteurs de risque cardio-vasculaires.



                                                                                     Jean-Christian Balmat

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lundi 22 octobre 2012

Choisir entre les deux chemins de la peur ou celui du plaisir (1ère partie)

Introduction


Le cerveau humain est doté de nombreuses structures cérébrales interconnectées qui constituent un système de détections des dangers pour favoriser la survie de notre organisme. Psychologiquement, ce système génère le sentiment que l’on appelle peur et met en action les comportements salutaires qui lui sont associés : fuite, lutte et inhibition.
Pendant longtemps les thérapies naturelles ont affirmé pouvoir changer des états d’angoisses chroniques, des états de stress post-traumatique et autres états dus à des chocs émotionnels.
Aujourd’hui la science démontre qu’elles avaient raison en prouvant scientifiquement que l’être humain intervient sur sa plasticité synaptique en changeant sa façon de penser. Pour être plus simple, l’être humain change les propriétés de son cerveau en changeant ses émotions et ses pensées. C’est-à-dire qu’il devient réaliste d’affirmer que la plupart des symptômes liés à la peur ou l’angoisse peuvent être traités à condition d’appliquer une méthodologie appropriée.



Les forces en présences


Face à une situation subite et dangereuse, le cerveau peut fonctionner selon deux schémas bien distincts :
1.      Première solution : le thalamus[1] communique directement avec l’amygdale cérébrale[2] en l’espace de quelques millisecondes. Ce processus s’effectue sans aucun contrôle conscient de l’être humain. Avant qu’il n’y ait la moindre réflexion ou sensation, les hormones de stress sont libérées dans le sang. On peut considérer cette première solution comme une route rapide mais imprécise. Cependant cette solution permet à l’être humain « de se mettre à l’abri » sans même réfléchir Le néocortex corrige par la suite en apaisant les réponses qui s'avèrent inappropriées.
2.      Deuxième solution : Le néocortex[3] mis en alerte par des stimuli extérieurs issus d’un événement brutal, d’un choc, active l’amygdale après un traitement complet de l’information, ce qui prend beaucoup plus de temps. Cela explique pourquoi une série de chocs répétitifs peut engendrer un syndrome de stress post-traumatique. On peut considérer cette deuxième solution comme une route lente mais précise.

Les zones du cortex préfrontal qui prennent des décisions, organisent notre travail, nous aident à penser, N'ONT AUCUN LIEN DIRECT AVEC L'AMYGDALE.
Cela signifie que la pensée ne peut contrôler l’émotion. Par contre l’amygdale possède beaucoup de connexions avec le néocortex ce qui lui permet d’influencer notre pensée en la saturant ce qui est susceptible de totalement changer cette dernière.



Les composantes cérébrales


L’amygdale


L’amygdale est en charge du stockage de nos souvenirs émotionnels inconscients alors que l’hippocampe élabore les circonstances (mémoire cognitive).
La fonction essentielle de l'amygdale est de décoder les stimuli qui pourraient être menaçants pour l'organisme.
Elle fait partie du système limbique et est impliquée dans la reconnaissance et l’évaluation de la valence émotionnelle des stimuli sensoriels, dans l’apprentissage associatif et dans les réponses comportementales et végétatives associées en particulier dans la peur et l'anxiété.
L'amygdale donne la dimension émotionnelle des expériences sensorielles pertinentes pour l'organisme.
Elle fonctionne à l’image d’un système d’alerte tout en détectant le plaisir.
Elle est responsable de la mémoire implicite.
C’est l’amygdale qui contrôle le comportement et les changements physiologiques associés à la peur.



L’hypothalamus


L’hypothalamus est en charge de l’homéostasie c’est-à-dire l’équilibre interne du corps. Il régule la sécrétion de toutes les hormones du corps et dirige le fonctionnement de la plupart des organes internes grâce au système nerveux dit autonome car il échappe à la volonté gérée par le cortex frontal. Il assure toutes les fonctions de survie : la faim, la soif, la reproduction, l’allaitement et l’agressivité. L’hypothalamus est activé par le thalamus, relais obligé de tous les systèmes des sens avant leur aboutissement au cortex où s’élaborent les perceptions.



Le thalamus


Le thalamus (du grec θάλαμος, chambre à coucher) est une structure anatomique paire de substance grise cérébrale diencéphalique. Les deux thalamus sont situés de part et d'autre du IIIème ventricule dont ils constituent les parois latérales.
Essentiellement, il constitue le relais des voies de la sensibilité consciente, et particulièrement des voies optiques. C'est également le centre de réflexes émotionnels, c'est-à-dire pouvant se manifester sans que le cortex cérébral (système nerveux de la volonté) intervienne.
Il reçoit les informations sensitives et sensorielles provenant des autres centres nerveux et les analyse avant de les transmettre au cortex cérébral.



L’hippocampe


Trois fonctions principales de l'hippocampe se sont dégagées à travers la littérature de ces dernières décennies :
3.      la mémoire consciente
4.      la navigation spatiale
5.      l'inhibition du comportement
L'hippocampe est une structure du cerveau des mammifères. Il appartient notamment au système limbique et joue un rôle central dans la mémoire et la navigation spatiale.
L’hippocampe est spécialisé dans l’analyse non pas d’un seul stimulus mais d’un ensemble de stimuli ou si vous préférez un contexte environnemental.
On lui attribue également la particularité de ne pas fonctionner de façon automatisée, c'est-à-dire que l'on ne peut prévoir comment il va réagir à un stimulus donné.
Il est responsable la mémoire explicite (consciente).
L'hippocampe est aussi particulièrement sensible à l'encodage du contexte associé à une expérience aversive. C'est lui qui fait en sorte que non seulement un stimulus peut devenir une source de peur conditionnée, englobant tout le contexte de l’événement et non les stimuli (dont est responsable l’amygdale) : dans le cas d’une attaque par exemple, le souvenir du lieu d’agression est en lien avec l’hippocampe alors que les stimuli spécifiques le sont avec l’amygdale.

L’hippocampe est responsable de la mémoire déclarative, qui est la partie consciente de la mémoire.



Le néocortex


Le néocortex est une zone du cerveau des mammifères qui correspond à la couche externe des hémisphères cérébraux. Il fait partie du cortex cérébral.
Il est impliqué dans les fonctions cognitives dites supérieures comme les perceptions sensorielles, les commandes motrices volontaires, le raisonnement spatial, la conscience ou encore le langage.
Le néocortex est impliqué dans la perception (par les sens) et dans la réaction (par l'appareil locomoteur).
Il est également le siège supposé de l'abstraction. Il est également impliqué dans le processus de mémoire.
Il est responsable de la planification volontaire d'une réponse émotionnelle adaptée à la situation (en opposition à une réponse rapide et automatique de l’amygdale). Les connexions du cortex préfrontal à l'amygdale permettent aussi d'exercer un certain contrôle conscient sur notre anxiété. Toutefois, cette faculté peut en même temps créer de l'anxiété en imaginant l'échec d'un scénario donné ou même la présence de dangers inexistants (voir à ce sujet « la culture de la peur » ci-dessous).
Il est le lieu de convergence des informations sensorielles, de la mémoire explicite et des aires cérébrales responsables du mouvement.
Il est intéressant de noter que des lésions du cortex orbito-frontal entraînent une série de modifications comportementales parmi lesquelles on relève l’apparition de traits caractéristiques de la personnalité antisociale : impulsivité, irresponsabilité, absence de conscience sociale, manque d’empathie, investissement excessif dans la recherche des plaisirs. Des expressions émotionnelles déconnectées du contexte social, des émotions perturbées telles que euphorie, irritabilité, exubérance, sensibilité excessive, sont également observées.
Le cortex sensoriel qui peut, par son pouvoir de discrimination, corriger en apaisant les réponses qui s’avèrent inappropriées (qui sont exagérées). Le cortex sensoriel transmet  aussi des informations à l’hippocampe, et ce dernier peut, grâce à ses connexions au cortex préfrontal, fournir à la mémoire de travail des informations sur des relations en rapport avec le stimulus perçu dans le contexte environnemental en cours, et sur les relations passées stockées en mémoire explicite. Ainsi, par ses relations avec l’amygdale, il peut réguler les réactions de peur.



Nucléus accumbens


Le noyau accumbens, aussi connu sous le terme latin nucleus accumbens septi (qui signifie noyau appuyé contre le septum), est un ensemble de neurones situés à l'intérieur de la zone corticale prosencéphale. Il joue un rôle important dans le système de récompense, le rire, le plaisir, l’accoutumance, la dépendance, la peur et l'effet placebo.

L’accumbens est intimement lié au système de récompense.



Quelques hormones et neurotransmetteurs importants


Neurotransmetteurs

Le glutamate et le GABA (pour Gamma-Amino-Butirique-Acide) sont les deux principaux
neurotransmetteurs assurant le fonctionnement synaptique
L'acide γ-aminobutyrique ou en abrégé GABA, est le principal neurotransmetteur inhibiteur du système nerveux central chez les mammifères.
Les effets inhibiteurs du GABA servent à contrebalancer les effets excitateurs du glutamate.
Pour résumer au maximum on peut dire que la production d’un potentiel action (qui se manifeste au travers du geste ou de la parole en réponse au stimulus) est dépendante de la relation entre le glutamate excitateur et le GABA inhibiteur. Le glutamate déclenche un potentiel action en franchissant la « barrière » formée par le GABA.



Sérotonine :


La sérotonine est présente dans le cerveau et dans le système digestif.
Elle est impliquée dans la régulation de fonctions telles que la thermorégulation, les comportements alimentaires et sexuels, le cycle veille-sommeil, la douleur, l'anxiété ou le contrôle moteur.



Dopamine


La dopamine avec la noradrénaline et la sérotonine, jouent un rôle modulateur final essentiel des sorties motrices et psychiques.
Le rôle de la dopamine a été clairement mis en évidence dans l’action hédonique des drogues. Toutes les substances inductrices de plaisirs artificiels, la nicotine, l’alcool, les dérivés de l’opium (l’héroïne, la morphine), le cannabis, la cocaïne, l’amphétamine et son dérivé, l’ecstasy, agissent sur le circuit mésocorticolimbique et déclenchent au niveau de l’accumbens, la libération de dopamine, la molécule naturelle du plaisir.
Dans le système nerveux central, la dopamine joue un rôle complexe et intervient dans diverses fonctions importantes, telles que le comportement, la cognition, les fonctions motrices, la motivation, les récompenses, le sommeil ou la mémorisation.



Adrénaline


L’adrénaline est sécrétée en réponse à un état de stress ou en vue d'une activité physique, entraînant une accélération du rythme cardiaque, une augmentation de la vitesse des contractions du cœur, une hausse de la pression artérielle, une dilatation des bronches ainsi que des pupilles. Elle répond à un besoin d'énergie, par exemple pour faire face au danger.



Noradrénaline


La noradrénaline ou norépinephrine est un composé organique qui joue le rôle d'hormone adrénergique et de neurotransmetteur. C'est une catécholamine comme la dopamine ou l'adrénaline.
Elle est principalement libérée au niveau du tronc cérébral et par les fibres nerveuses du système nerveux orthosympathique (ou sympathique) et agit comme neurotransmetteur au niveau des organes effecteurs. Elle joue un rôle dans l'attention, les émotions, le sommeil, le rêve et l'apprentissage.
Elle est aussi libérée par les médullosurrénales et agit comme hormone.

Le cortisol


Le cortisol est une hormone stéroïdienne. Il augmente le niveau de sucre sanguin et autres combustibles métaboliques tels les acides gras. Le cortisol aide aussi l’adrénaline à augmenter la pression sanguine et, à court terme, nous fait nous sentir bien ponctuellement (par exemple en cas d’examen où soudain, en plein stress, grâce au cortisol vous parvenez à « aller à l’essentiel). De plus, le cortisol interrompt la croissance, la digestion, l’inflammation et même la cicatrisation- clairement des processus qui peuvent être effectués plus tard. Il inhibe également la libido. La dernière étape du circuit est la rétroaction du cortisol au cerveau. La plus grande densité de récepteur au cortisol est dans l’hippocampe, une structure clé pour l’apprentissage et la mémoire, mais le cortisol agit aussi sur l’amygdale, qui traite la peur et l’anxiété. L’effet net est d’activer l’amygdale - pour permettre l’apprentissage d’informations reliées à la peur; et de désactiver l’hippocampe - pour assurer que les ressources ne soient pas gaspillées sur des aspects de l’apprentissage plus complexes mais non nécessaires. Le cortisol est le jus de la concentration.
On peut donc conclure que les effets à long terme du cortisol produit en excès créé une inhibition de l’hippocampe au profit de l’amygdale. Ce qui correspond à une prédominance des réactions instinctives au détriment des actions tempérés par la réflexion.



Ocytocine


L'ocytocine ou oxytocine est une hormone peptidique synthétisée par l'hypothalamus et sécrétée par l'hypophyse postérieure (neurohypophyse).
Son nom signifie Accouchement rapide (« ocy » du grec ὠκύς, ôkus : rapide et de « tocine » τόκος : accouchement).
Elle est effectivement impliquée lors de l'accouchement, mais elle semble aussi par ailleurs favoriser, chez l'homme et la femme, les interactions sociales amoureuses ou impliquant la coopération, l'altruisme, l'empathie, l'attachement voire le sens du sacrifice pour autrui, même pour un tiers ne faisant pas partie du groupe auquel on appartient.
Dans certaines situations, l'ocytocine pourrait aussi induire des comportements radicaux, voire violents pour la défense du groupe, par exemple face à un tiers refusant de coopérer. Elle deviendrait alors une source d'agressivité défensive (et non offensive).
Selon la Neurobiologiste au Département de psychiatrie du Centre hospitalier universitaire vaudois (CHUV) à Lausanne, Ron Stoop, l’ocytocine a la capacité d’enlever les blocages dus à la peur, tout en permettant au corps de répondre à cette émotion par des réactions physiologiques, comme les variations du rythme cardiaque. L’ocytocine exercerait donc un effet modulateur qui, en quelque sorte, permettrait à l’individu de se déterminer sur l’action à accomplir tout en lui permettant de continuer à ressentir la peur.




Petit exemple


Voici un petit exemple qui vous permettra de mieux comprendre ce qui précède.
Admettons que vous avez peur des serpents. Vous êtes en forêt avec un ami et marchez sur une branche tordue, qui sous votre poids, se dresse en l’air. Vous faites un bond en arrière.
Le stimulus visuel a mis en action les réactions physiologiques de peur qui sont très utiles pour agir sans délai face au danger. Ce stimulus visuel va aussi, après son relais au thalamus, parvenir au cortex. Celui-ci, grâce à sa faculté d’analyse, va se rendre compte quelques fractions de seconde plus tard que ce que vous aviez pris pour un serpent n'était au fond qu'une branche. Votre cœur va alors cesser de s'emballer et vous allez en être quitte pour une petite frousse…et avoir été ridicule.
Si le cortex avait toutefois confirmé la présence d'un serpent, vous auriez surement pris la poudre d’escampette avec toute la vigueur que les modifications physiologiques enclenchées par l'amygdale permettent.
La voie rapide du thalamus à l'amygdale ne prend donc pas de risque et nous alerte de tout ce qui semble représenter un danger. Le cortex corrige par la suite en apaisant les réponses qui s'avèrent inappropriées.
C’est pourquoi d’un point de vue évolutif, ces deux voies complémentaires ont pu se mettre en place. Les conséquences de prendre une branche pour un serpent sont moindres, du point de vue de la survie, que de prendre un serpent pour un simple branche.
Mais le cortex n'est pas le seul à venir ajouter son grain de sel en précisant la nature de l'objet. L'hippocampe peut aussi intervenir en nous renseignant sur le contexte.



Comprendre


Pour parler de ce sujet, il est important de préciser clairement les différences entre les symptômes :
·         La peur est une émotion fréquente, naturelle et garante de l’intégrité de la personne. Une peur qui se dérègle et s'emballe peut être à l'origine de plusieurs troubles anxieux.
·         L’anxiété généralisée est une peur chronique sans déclencheur[4] particulier.
·         Les phobies sont des peurs spécifiques (araignées, foules, espaces clos, etc.) poussées à l'extrême.
·         Les troubles obsessionnels compulsifs (ou TOC) comportent souvent une peur excessive de quelque chose, comme des microbes, qui pousse la personne à des rituels répétitifs pour s'assurer qu'elle ne rentrera pas en contact avec ce qu'elle craint.
·         Les crises de panique impliquent le déclenchement soudain de symptômes physiques de détresse souvent associés à la peur d'une mort imminente.
·         Pour terminer, le stress post-traumatique survient souvent lorsqu'une situation ou un stimulus rappelle à une personne un événement traumatisant vécu longtemps auparavant mais qu’elle revit à nouveau.
Voyons en restant très simple quelques notions importantes :
·         Il y a une différence importante entre les peurs conscientes et inconscientes qui sont traitées respectives par le circuit long et le circuit court.
·         L'angoisse marque biologiquement nos peurs et beaucoup de phobies nous sont transmises par nos parents ou le tissu social.
·         L’apprentissage d’un nouveau comportement renforce la communication neuronale (plasticité synaptique). Si cet apprentissage est répété, les gènes sécrètent des nouvelles protéines qui créent de nouvelles connexions synaptiques.
·         La mémoire à long terme induit des modifications anatomiques dans le cerveau.
On peut résumer l’être humain à un tout psychosomatique qui vit dans un environnement qui agit sur lui et sur lequel il agit.
L’action de l’être humain lui permet de satisfaire à la recherche de l'équilibre biologique, du bien-être, du plaisir. Son action n'a qu'un seul but : maintenir la structure de l'organisme qui agit et travaille que pour maintenir sa propre structure.
Sur le plan biologique, il existe quatre types de comportements fondamentaux :
deux sont innés :
1.      comportements de consommation : boire, manger, copuler; ils répondent à un stimulus interne.
2.      comportements de lutte ou de fuite : ils répondent à un stimulus externe.
deux sont acquis :
3.      l'un est celui de l'action récompensée ou permettant d'éviter la punition et capable de renforcement[5].
4.      l'autre est un comportement d'inhibition résultant de l'action punie et non récompensée.
C'est ainsi qu'un souvenir traumatique modifie le cerveau dans son anatomie tout comme les psychothérapies spécifiques post-traumatique, ce qui est maintenant visible grâce à l'imagerie cérébrale.
Cette imagerie a révolutionné la psychiatrie et les neurosciences avec ce constat (qui vient valider les méthodes de correction de notre Adn dont il est question dans nos formations) :

LES MOTS, LA PAROLE peuvent modifier le fonctionnement de notre cerveau.



                                                                                     Jean-Christian Balmat

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[1] Le thalamus (du grec θάλαμος, chambre à coucher) est une structure anatomique paire de substance grise cérébrale diencéphalique. Les deux thalamus sont situés de part et d'autre du IIIème ventricule dont ils constituent les parois latérales. Situé en position intermédiaire entre cortex et tronc cérébral, le thalamus a principalement une fonction de relais et d'intégration des afférences sensitives et sensorielles et des efférences motrices, ainsi que de régulation de la conscience, de la vigilance et du sommeil. Note extraite de Wikipédia
[2] L'amygdale ou complexe amygdalien est un noyau pair situé dans la région antéro-interne du lobe temporal au sein de l'uncus, en avant de l'hippocampe et sous le cortex péri-amygdalien.
Elle fait partie du système limbique et est impliquée dans la reconnaissance et l'évaluation de la valence émotionnelle des stimuli sensoriels, dans l'apprentissage associatif et dans les réponses comportementales et végétatives associées en particulier dans la peur et l'anxiété. L'amygdale fonctionnerait comme un système d'alerte et serait également impliquée dans la détection du plaisir. Note extraite de Wikipédia
[3] Le néocortex ou néopallium est une zone du cerveau des mammifères qui correspond à la couche externe des hémisphères cérébraux. Il fait partie du cortex cérébral (comprenant également l'archicortex (en) et le paléocortex, membres du système limbique). Il est lui-même constitué de six couches distinctes, numérotées de I à VI (VI étant la plus profonde et I la plus externe). Il est impliqué dans les fonctions cognitives dites supérieures comme les perceptions sensorielles, les commandes motrices volontaires, le raisonnement spatial, la conscience ou encore le langage.
Le néocortex est impliqué dans la perception (par les sens) et dans la réaction (par l'appareil locomoteur).
Il est également le siège supposé de l'abstraction (on y distingue par exemple des zones impliquées dans la représentation spatiale et dans le langage). Il est également impliqué dans le processus de mémoire.
On lui attribue également la particularité de ne pas fonctionner de façon automatisée, c'est-à-dire que l'on ne peut prévoir comment il va réagir à un stimulus donné. Note extraite de Wikipédia
[4] Un déclencheur est la personne, l’animal ou l’objet qui génère la peur.
[5] Le renforcement positif consiste à donner au sujet un stimulus agréable, c'est un évènement qui augmente la fréquence d'apparition d'un comportement grâce à un stimulus agréable. Le renforcement négatif consiste à supprimer un stimulus désagréable ou douloureux, c'est un évènement qui augmente la fréquence d'apparition d'un comportement grâce à un retrait ou à l'arrêt d'un stimulus désagréable

vendredi 31 août 2012

Vivre après un viol



Il y a cinq je fis la connaissance de Virginie, jeune femme qui vint me consulter après un viol.
Aujourd’hui je reçois une lettre par laquelle elle me demande de publier sa lettre afin de témoigner de son expérience.
Entre ces deux points dans le temps, une femme détruite intérieurement a trouvé en elle la force de se reconstruire pour vivre pleinement. J’ai hésité longtemps avant de rédiger cet article me heurtant à la totale confidentialité que je donne à chaque patient depuis vingt-deux ans d’exercice.
Cependant connaissant très bien Virginie je me permets pour la première fois de publier un témoignage aussi personnel dans l’espoir que les victimes de pareils actes trouvent en elle le courage d’exprimer toute leur douleur pour mieux se reconstruire.
Je souhaite de tout cœur que l’expérience pleine d’humanité de Virginie serve la cause des femmes salies. Puissent-elles trouver en ce témoignage la force de sortir de la honte en osant affronter ces hommes qui bien incapables de les respecter, ont pris en force ce qu’il ne pouvait obtenir par la douceur.




Déroulement du processus thérapeutique


Ce long processus thérapeutique de cinq ans est celui qui a le plus sûrement remis mes capacités en question. D’une part en voyant l’état de départ, des plus alarmant, mais surtout par la suite cette perception extrêmement négative que Virginie avait d’elle-même dans laquelle elle s’est murée des années durant.
Que d’efforts et de stratégies thérapeutiques différentes j’ai dus déployer pour parvenir à la convaincre qu’elle valait toujours autant qu’avant. Cependant tout cela n’a pas été vain : la fin de ce processus s’apparente à un vrai miracle que Virginie vous décrira bien mieux que moi dans son témoignage.



Phase de dénie

Lorsque j’ai rencontré Virginie, elle décrivait son viol comme un acte dans lequel elle se sentait coupable en atténuant fortement la culpabilité du violeur. Elle vivait en couple avec un homme depuis quelques années.
Ce dernier me contacta discrètement pour me dire à quel point il tenait à sa femme tout en sachant qu’elle ne pouvait parler avec lui de cet événement traumatique. Il me décrivit l’écroulement total de sa femme en intimité. Il se sentait désemparé et était content de voir sa femme me consulter.
Parlant son couple avec Virginie, je fus très étonné de voir à quel point pour elle son rêve de bonheur était mort avec le viol. Elle se méfiait même de la gentillesse de son époux, s’attendant à devoir « payer par le suite » cette aide. Pour Virginie, tout cela était clair :
·         Les femmes violées sont des putes et des moins que rien
·         Ayant été violée, elle était salie à tout jamais et vivait cela comme une damnation.
Etonné de découvrir cela, je me renseignai sur son environnement familial. En résumant, elle était la cadette d’une famille qui ne comptait que des filles. Sa mère était laborieuse, sérieuse et ordré. Son père quant à lui était le clown, le foireur, celui que tout le monde aimait…mais qui faisait souffrir sa mère de son comportement sans limites.
Toute son enfance avait été baignée par l’opposition parentale forte. Une mère omniprésente, contrôlant absolument tout à la maison, dans le cartier et à l’école opposé à un père très permissif pour l’enfant qu’elle fût mais en constant conflit avec la mère.
Virginie était donc parvenue à l’âge adulte avec des représentations toxiques de l’homme et plus grave de la femme. Les grands classiques : les femmes sont faibles et restent à la maison, ne pouvant que se valoriser au travers de l’homme qui lui est dieu, puisque détenteur de la force physique et du pouvoir de l’argent !!
Je décidai alors de faire un travail à deux niveaux :
·         D’une part au niveau du viol en lui-même en poursuivant le but de lui faire admettre l’aspect criminelle de l’action du violeur tout en la déculpabilisant personnellement
·         D’autre part un travail de fond sur ses représentations intérieures issues de son éducation

A cette période (soit deux après le viol), la famille de Virginie constatant que son état empirait constamment depuis parla avec elle. Virginie m’avoua par la suite qu’elle n’avait pas pu dire la vérité à sa famille, s’accusant d’avoir commis un adultère. Elle était convaincue que sa famille était bien trop insensible pour comprendre ce qu’elle avait vécu ! Elle se justifiait même en me disant qu’elle préférait être une « salope plutôt qu’une moins que rien ».



Le procès intérieur


Commençant une longue période durant laquelle je dus constater qu’elle avait prononcé intérieurement un jugement en sa défaveur : coupable d’avoir été salie par un homme dont elle n’avait pas voulu, qui l’avait contrainte…
Après un long travail de fond, je réussi à la convaincre d’aller se renseigner auprès de la police en matière de plainte. Elle le fit et sur un coup de tête posa plainte….qu’elle perdit après dix-huit mois.
Evidement ce non-lieu me valut m’a volé de bois vert : comment avait-elle pu croire que cette société de merde allait lui rendre justice à elle qui était une femme ?!
Elle était frustrée, en rage qu’on l’ait privée de son rêve de bonheur. Elle avait l’homme de ses rêves, il lui avait demandé un enfant qu’elle avait mis au monde mais elle le vivait très mal affectivement. Prostrée dans son état, elle était incapable de jouir de leur amour. Elle ne méritait ni un si bon mari et encore moins cet enfant rayonnant. Comme me le confirma son mari à l’époque lors d’une conversation téléphonique elle s’enfermait sur elle-même, limitant ses échanges sociaux au strict nécessaire et se fermant à tous de peur de leur jugement.



La renonciation


Les années passant, Virginie vivait son syndrome de choc post-traumatique de façon résigné. Elle acceptait avec fatalité ne sortant de son flegmatisme que pour protéger sa douleur intérieur. Ce qui nous valut des séances mémorables où elle m’arrosait de non d’oiseaux à chaque fois que j’allais chercher à exacerber sa douleur dans le but qu’elle la hurle, la crie pour mieux la sortir.
Je me souviens à quel point lorsque je lui parlais de l’être magnifique qu’est la femme, de son émancipation et de son droit à l’égalité, je réveillais des colères sans nul pareil ! Elle était convaincue de l’impossibilité de mes propos : comment la femme pouvait-elle être égale à l’homme ? Elle se battait pour me prouver l’infériorité de son sexe.
Je semais pas-à-pas les graines de l’estime, de la valorisation et du respect personnel….en ayant un peu l’impression d’être en plein désert mais j’avais la foi…
Plus le temps passait plus Virginie se résignait à entrer dans le rôle de la femme qu’elle avait tant détesté lorsqu’elle était spectatrice de sa mère.
Je travaillais à cette époque énormément dans le sens d’une prise de conscience par Virginie des rôles qu’elle avait choisi de tenir dans la société et comment elle les avait définis. Elle était convaincue de l’impossibilité pour elle de choisir son destin condamné à revêtir des rôles pré écrits.



L’explosion de vie


Les mois, les années passèrent. Fatigué d’être contesté dans chacune de mes tentatives de valorisation de la femme en général et d’elle en particulier, je me levai en la provocant lui affirmant que finalement je mettais trompé tout comme son mari et que son violeur seul avait raison de l’avoir traité comme une merdre. Je ne manquai pas de feindre la cessation sur le champ de la thérapie.
Elle se dressa face à moi m’affirmant qu’elle allait aller voir le violeur pour régler ses comptes et sortie furieuse de mon cabinet. Quelques jours après elle me téléphona me demandant qu’elle l’on se voit afin qu’elle me dise de vive voix une bonne nouvelle sans plus de précision.
Quel plaisir ce fut de la voir rayonnante fière d’avoir été régler ses comptes avec son violeur, en paroles, ce qui n’est déjà pas mal, mais surtout en actes puisque Virginie c’est permis un bon p… dans la g…. comme à l’ « ancienne ». A cet instant Virginie me prouva à quel point nos séances n’avaient en rien été vaines mais qu’au contraire sa mauvaise perception d’elle avait, jusqu’à son « règlement de comptes » empêché qu’elle tire tout le bénéfice de notre processus.



Conclusion


Je remercie du fond du cœur Virginie pour ces cinq ans... pas faciles mais qui m’ont apporté une preuve éclatante de la capacité incroyable qu’à l’être humain de se relever des pires traitements et épreuves de la vie.
Le viol fait partie de ses atrocités honteuses dont notre société se cache trop souvent en laissant les victimes traumatisées, blessées à jamais. Je suis fier d’avoir apporté ma petite contribution mais c’est bien Virginie et elle seule qui a résolue son problème en tuant symboliquement son « monstre ». Au bout du bout de son enfer intérieur, il a trouvé le courage d’abattre ce qui l’avait mise à genoux
Je lui souhaite d’avoir le courage de vivre tout l’amour, toute la réussite et tout le bonheur qu’elle mérite. Puisse-t-elle ne jamais oublier qui décide de sa vie…


Jean-Christian Balmat


Son témoignage


Je me nomme Virginie, je suis en consultation chez M. Balmat depuis plus de 5 ans suite à un choc qui a brisé ma vie jusqu’à ce que je réussisse à me relever.
Situation : J’ai consulté M. Balmat 2 ans après avoir subi un abus sexuel. Plus rien n’allais dans ma vie. Cela faisait 2 ans que je mentais à mon conjoint sur l’acte que j’avais vécu par peur de le perdre, alors qu’il se doutait que quelque chose s’était passé. Je m’écroulais de jour en jour, n’ayant plus goût à rien, n’arrivant plus à suivre, ni à la maison, ni au travail. Mon conjoint devait de plus en plus combler mes manques, en plus de son travail, il devait me regarder m’écrouler de plus en plus, ayant de moins en moins d’intimité. Malgré ceci, il me demanda en mariage et nous avons eu un enfant. Cela a bien amélioré la situation pour une période, mais au fur et à mesure, les problèmes de couple ont pris de plus en plus d’ampleur et la situation ne pouvait plus durer.
C’est lui qui finit par me pousser à voir quelqu’un. Je commençai à voir M. Balmat en lui expliquant que je n’allais pas bien, que je me sentais fatiguée mais je ne lui parlai pas de ce que j’avais vécu parce que j’avais trop peur que mon mari soit au courant et que je le perde. M. Balmat se rendit vite compte que les choses n’allaient pas et me poussa à expliquer ce qu’il s’était passé. Je finis après de mois de résistance et de mensonge par lui expliquer ce qu’il s’était passé. Mais j’étais incapable de tout raconter, soit il manquait des choses, soit je m’embrouillais, j’étais incapable d’en parler correctement malgré le fait que je savais très bien ce qui s’était passé. Au départ les séances me faisaient du bien, je pouvais parler à quelqu’un qui me comprenait, et je revenais à la maison en étant mieux. Mais lorsque pour les séances suivantes, il me demandait comment les choses évoluaient et que je lui racontais, j’étais obligée de constater que je retombais encore et encore face au « monstre », face au plus fort. Depuis cet abus, je me suis sentie faible, nulle, incapable, plus bonne à rien et surtout, j’avais tellement l’impression d’être devenue ce que cet homme avait voulu faire de moi que face aux autres et surtout face à mon mari je baissais les yeux. Pire encore, face à moi je savais que j’avais perdu.
Mais M. Balmat me disait toujours qu’il était impératif de vaincre, « d’abattre » ce monstre. Entre les visions que j’avais d’aller le tuer, ce qui aurait amené tellement de conséquences impossibles à assumer, en plus je ne voulais pas devenir mauvaise et la peur de me refaire humilier, dominer, détruire, je restais immobile, dans mon état de soumise.
Plus les séances avançaient, plus j’avais honte. J’étais fière, mais sans aucune confiance, de lui dire que j’avais fait un changement, mais il me disait qu’il ne servait à rien. Dans le fond il avait raison car rien de tangible n’avait changé, mon couple n’allait pas mieux et je baissais toujours les yeux dans la rue.
Je me renfermais de plus en plus. Les gens qui compatissaient avec moi, je les détestais de plus en plus parce que la seule image qu’ils me renvoyaient était celle d’une handicapée, que je ne voulais pas être. Mais les personnes telles que mon mari, mes amis proches ou M. Balmat, qui essayaient de m’aider mais qui me disaient d’affronter ce type, je les prenais de plus en plus pour des ennemis. J’avais une telle peur de le revoir que je me battais avec violence contre tous ceux qui voulaient que je le fasse.
Mais un jour, alors que j’étais à 2 doigts de tout perdre, (mon couple, ma famille,…) je me rendis à une séance avec M. Balmat. Il me dit vouloir mettre un terme à la thérapie car le blocage que je fais devient trop négatif pour continuer à avancer.
Au fond du trou je décidai de partir revoir celui qui il y a 5 ans, m’avait détruit. Je partis dans la volonté de régler une fois pour toute, mes comptes avec lui. Afin de lui rendre ce qui lui appartient.
J’arrivais à son lieu de travail et demandais à le voir. Il devait arriver dans une dizaine de minutes. Je l’ai attendu en bas des escaliers. Lorsque soudain je le vis de l’autre côté de la route, la peur que je redoutais m’a complétement envahi. Mais là, c’était « tu bouges ou tu crève ». Il passe le pas de la porte et un coup de poing parti direct dans son visage. Je le pris à la gorge avec mes deux mains en lui disant que j’étais là pour régler mes comptes. Que je n’étais pas ce qu’il avait fait de moi, que j’étais à mon mari et qu’il ne pouvait pas faire de moi « sa pute ». Je lui ai également dis avec force qu’il n’avait pas intérêt à me toucher. Je lui ai également craché en plein visage, et lui ai dit qu’il n’avait pas intérêt de m’approcher moi ou ma famille. Il m’a dit qu’il ne voulait pas me faire de mal, mais lui ai répondu que la seule chose que je l’autorisais à dire s’était « je m’excuse ». Je le lâchai et parti.
Lorsque je suis repartie, je me suis sentie légère et pour la première fois je n’avais plus peur de lever les yeux dans la rue. J’avais l’impression que plus rien ne pouvait m’impressionner. J’avais enfin abattu ma peur et je pouvais enfin me relever.
Alors que j’étais en train d’abandonner, que j’étais descendu au plus bas, j’ai cependant trouvé la force de faire le pas.
J’ai tenu à témoigner de mon expérience parce que je suis passée par des phases vraiment pénible et que je ne souhaite à personne. Si je pouvais par mon texte aider se serait vraiment une bonne chose de plus. Je conseille à toute personne ayant subi ce genre de chose de trouver en elle la force d’abattre leur monstre afin de se relever pleinement. Il est bien sur nécessaire de demander de l’aide à un  thérapeute, mais il ne suffira pas de vous mettre en ordre intérieurement. Il faut bien entendu le faire, mais quelque chose doit aussi se passer à l’extérieur pour qu’il ne vous écrase plus.
Tout n’est cependant pas fini pour moi, je devrais maintenant tenir le cap chaque jour sans retomber, mais au contraire en m’améliorant.
Je remercie M. Balmat pour son aide, grâce à lui j’ai pu trouver en moi la force de le faire et je lui en serai éternellement reconnaissante.


                                                                                  Virginie


                                                                                 

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vendredi 25 mai 2012

La résistance thérapeutique

Lorsqu’une personne consulte pour une souffrance d’ordre psycho-affective, la première étape du processus thérapeutique idéal consiste à déterminer avec précision le type de problématique et son étendu.

La seconde étape est celle durant laquelle le thérapeute tente avec tous les moyens dont il dispose de donner assez de détachement à la personne qui le consulte afin qu’elle voit par elle-même son erreur comportementale. La souffrance étant la route opposée au plaisir et à la satisfaction.

Pour le patient qui le vit cela revient symboliquement à accepter de changer d’habits afin de changer de rôle. Comme nous l’avons vu dans les précédents articles, cette étape consiste à revisiter toutes les stratégies et les rituels comportementaux dont le patient se revêt dans ses échanges sociaux.

Dans la plupart des séances, cette étape se déroule très bien car le patient entrevoit la possibilité qu’il a de mieux vivre et ressent du désir pour ce plaisir dont il s’est privé jusque-là.

Alors qu’il parait logique que la personne mette tout cela en pratique facilement dans sa vie quotidienne, il apparait souvent que la personne revienne déçue de sa propre incapacité. Alors que se passe-t-il ?



Le carcan invisible


Nos différentes stratégies et rituels comportementaux routiniers sont un peu comme un carcan duquel on ne sort pas si facilement. Ils sont rassurants de par leur simplicité de mise en œuvre et constitue « les programmes de fonctionnement par défaut » de notre système nerveux.
Changer de comportement c’est sortir de l’autoroute pour emprunter, à pieds, un sentier que l’on doit tailler à coups de machette ! Le patient en sortant du cabinet fait face à son environnement qui n’a pas changé à son image mais au contraire lui impose sa pression. Dans certains cas malheureusement la personne craque et renonce à changer pour reprendre ses vieux schémas. Il va s’en dire que dans ce cas de figure, l’individu en plus de retomber dans sa problématique s’en veut de ne pas être parvenu à changer. Une spirale négative s’installe et empire la problématique.
Pour réussir à changer la personne doit non seulement modifier ses comportements mais également intervenir dans sa perception de la vie en tant que concept global.

Cela implique une remise en question de la définition qu’elle pose sur les choses et les gens. Ce travail est profondément troublant et quelque part désagréable dans le sens où toutes les valeurs sont profondément remises en question.

Par contre, pour la personne courageuse qui ose s’autoriser à le faire peut enfin découvrir qu’il a la réponse à chaque question. C’est bien là le but de la thérapie : rendre autonome la personne afin qu’elle décide et mette en place une meilleur façon de vivre. Pour le faire l’individu doit affronter le fait de remettre en question ses vérités qui constitue les valeurs des groupes sociaux auxquels il appartient. Cette étape implique d’accepter de se nourrir différemment, de se tourner vers d’autres sources au prix certaines fois de faire un 180° par rapport aux anciennes valeurs.



Abandonner sa vieille carapace


 Depuis l’enfance, chacun développe une « persona ». C’est-à-dire la part de la personnalité qui organise le rapport de l'individu à la société, la façon dont chacun doit plus ou moins se couler dans un personnage socialement prédéfini afin de tenir son rôle social. Cette carapace est essentielle et a pour but, entre autres, de protéger l’être intérieur. Le développement de l’un et l’autre est lié et interdépendant. Plus l’être intérieur est fragile plus il cherchera à développer une carapace apparemment forte et solide pour se protéger. Hors le Moi, la personnalité intérieure, peut s’égarer en finissant par s’identifier à celui qu'il est aux yeux des autres et à ne plus savoir qui il est réellement.
En cas de choc émotionnel, la carapace est mis à mal voir cède totalement. Lors du processus thérapeutique la personne sort de ses rôles sociaux habituels étant donné qu’elle ne joue pas de jeu avec son thérapeute.

Cependant bien qu’elle puisse facilement comprendre ce qui lui faut changer dans ses comportements de la vie quotidienne en cabinet, en sortant elle se sent soudain toute nue sans carapace et il arrive souvent qu’elle enfile l’ancienne à défaut de mieux.

Ce que j’appelle « résistance thérapeutique » est justement ce phénomène de retour en arrière du patient.



Revêtir son habit de lumière


Pour éviter cela, la personne qui effectue un travail intérieur peut éviter ce désagrément en :

·         Soignant son être intérieur qu’il apprend à connaitre lors du processus thérapeutique.

·         Fixant des objectifs de vie vrais, bons pour lui. Ses objectifs idéaux devront lui servir à ce qu’il se donne un cap de vie précis.

·         Revêtant une carapace meilleure que la première : un habit de lumière…

 Ce que j’entends par « habit de lumière » est la constitution d’un masque social respectueux de ce qu’il est vraiment : une protection de l’être intérieur. Mais cette fois-ci, la personne peut en ériger une respectueuse de sa vraie nature intérieure. C’est dans la lumière de cette connaissance qu’elle peut revêtir un costume social qui valorise sa personnalité profonde et lui permet de l’exprimer en toute sécurité. En effectuant ce travail, la personne découvre la capacité qu’elle a de s’adapter à tout et tout le temps…à condition qu’elle se donne les moyens et les droits de changer, d’évoluer, de grandir avec ce que la vie lui donne à apprendre.
Comprendre que la vie en tant que tel est une bande d’information de laquelle chaque être humain perçoit quelque chose de particulier, permet de valider ses propres perceptions et d’en tenir compte dans le cadre d’une réflexion intérieure calme au lieu d’une réaction automatique.



Conclusion


 Tout comme nos corps physiques ont besoin de vêtements afin de se protéger des extrêmes climatiques, nos cœurs et nos esprits s’habillent d’une persona afin de faire face aux rigueurs des climats psycho-affectifs de la société.
Lors d’un processus thérapeutique, la personne découvre les composantes de sa personnalité que sont son être intérieur et sa persona. Et c’est bien là le point très positif de la thérapie : la découverte de la personne par son propre travail de prise de conscience.

A condition d’être bien organiser, ce travail permet à chacun de restructurer sa persona afin qu’elle devienne l’outil d’expression de la nature intérieure de l’être.

La pathologie peut être vue comme un temps que l’être se donne à lui-même afin de redéfinir sa route. Pour se faire rien de tel qu’un plongeon dans les racines de l’être intérieur afin d’en prendre soin comme il convient et de se relever plus fort qu’avant la chute.




                                                                                     Jean-Christian Balmat

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